Patientillisme ?
Dans un monde ivre de vitesse et d'agitation stérile, le temps fuit irrésistiblement. Le mantra de l'époque est "time is money". Ce qui ne peut être obtenu immédiatement est délaissé. Le temps de la réflexion devient suspect. Le claquement de doigts s'impose comme la norme du délai. Le désir même n'a plus le temps d'éclore dans cette orgie d'instantanéité. Dans un emballement continu, l'Être est pris au piège de l'Avoir, et se noie, malheureux, dans le flot d'impatience.
S'arrêter, prendre souffle, redonner vie à la patience...
Au début, bien sûr, il peut y avoir la patience nerveuse, fébrile, parfois inerte et passive des salles d'attente. Celle qui transforme le malade en patient, statut précaire et inconfortable. Mais, bien vite, la patience peut devenir une alliée précieuse. Si l'on agit en conscience, elle peut prendre une part active dans tout acte créatif jusqu'à en devenir l'essence impalpable.
La patience est un outil puissant qui abolit le temps dans le présent de l'acte.
Lorsque transparaît dans une œuvre, la patience qui fut nécessaire à sa réalisation...
Lorsque l'artiste a puisé dans les profondeurs insondables de la patience pour révéler une certaine vérité...
Je nomme cela d'un néologisme hasardeux : le Patientillisme, un peu en hommage au Pointillisme, un peu par plaisanterie.
Car ainsi, en pratiquant avec constance et humour, l'art de la patience, le terne patient des salles d'attente se transforme en heureux Patientilliste. Grisant.

